Un lundi matin pressé
Lundi matin, la cuisine ressemble à un champ de bataille. Le cartable d’Amélie est ouvert sur la table, des cahiers dépassent, un stylo roule vers le bord. Son bol de chocolat fume encore, à côté d’une tartine déjà froide. Sa mère cherche les clés de la voiture en rangeant des assiettes, tandis que Hugo tape du pied sur sa chaise. « Dépêche toi, le bus ne va pas t’attendre », lance maman. Amélie avale une grande gorgée et regarde l’horloge qui avance trop vite.

Entre deux bouchées, maman jette un coup d’œil au calendrier accroché au mur. « Cette semaine, au catéchisme, vous parlez de Matthieu, tu sais, l’apôtre dont on fête la mémoire », dit elle en ramassant un cahier. Hugo fronce les sourcils. « C’est qui, lui ? » Maman répond calmement que c’était un homme à son bureau, que Jésus a appelé par son prénom. Amélie pousse un soupir, elle trouve ces histoires compliquées et loin de ses messages sur son téléphone, mais une question lui reste en tête, est ce que Jésus pourrait l’appeler, elle aussi, dans ce bazar de matin d’école.
Le catéchisme du soir
En fin d’après midi, Amélie arrive en courant devant la petite salle paroissiale, son sac rebondit sur son épaule. Elle pousse la porte discrètement, un peu en retard. Les autres sont déjà assis en cercle sur des chaises, autour d’une table où une Bible est ouverte, à côté d’une bougie allumée. Paul, leur catéchiste, lit à voix haute, sa voix résonne doucement. Il raconte l’histoire de Matthieu, assis à son bureau de collecteur d’impôts, quand Jésus passe et le regarde droit dans les yeux.

Amélie imagine l’homme derrière sa table, concentré sur ses pièces, comme elle sur son téléphone ou ses dessins. Paul ferme la Bible et demande ce que chacun pense de cet appel. Certains disent que c’est facile de tout quitter, d’autres protestent qu’ils ne pourraient jamais laisser leurs jeux vidéo. Paul sourit et explique que Jésus ne demande pas à tout le monde de changer de métier, mais de le suivre là où il est déjà. Il ajoute doucement que la Parole de Dieu peut parler à chacun aujourd’hui. En sortant, Amélie répète cette phrase dans sa tête, sans trop savoir pourquoi elle la touche autant.
La récréation agitée
Le lendemain, la cour du collège bourdonne de cris et de rires. Des ballons volent, des sacs traînent près du mur, des élèves filment des vidéos en se poussant. Amélie marche avec deux amies, téléphone dans la main, même si c’est interdit. Elles se penchent pour regarder un clip drôle, elles rient un peu trop fort. En relevant la tête, Amélie aperçoit Zoé, assise toute seule sur un banc près du grillage, son sac serré contre elle, les yeux fixés sur ses chaussures.

Les amies d’Amélie chuchotent et se moquent de la façon dont Zoé s’habille, l’une propose de filmer une blague. Amélie sent son cœur battre plus vite, un malaise grandit dans sa poitrine. Elle pense à Matthieu qui s’est levé de sa table quand Jésus l’a appelé, devant tout le monde. Elle se demande ce que Jésus lui dirait, là, au milieu de cette cour pleine de bruit. Elle rit encore un peu pour faire comme les autres, mais sa gorge est serrée. Elle baisse le regard et murmure tout bas dans son cœur, « Jésus, qu’est ce que tu veux que je fasse ? ».
Le banc près des arbres
La cloche n’a pas encore sonné, pourtant le temps semble ralenti pour Amélie. Ses amies continuent de faire défiler des vidéos, leurs rires perçants couvrent presque les autres bruits de la cour. Amélie regarde encore Zoé, seule sur son banc, une mèche de cheveux devant le visage. Elle sent une chaleur monter dans ses joues, un mélange de honte et de courage qui se battent à l’intérieur. Sans trop réfléchir, elle range son téléphone dans sa poche et fait un pas en arrière, loin du petit groupe serré autour de l’écran.

Elle s’éloigne lentement, entend derrière elle une remarque moqueuse, mais continue jusqu’au banc. Elle s’assied à côté de Zoé, le cœur battant. « Salut, ça va ? Tu veux venir jouer après ? » demande t elle d’une voix un peu tremblante. Zoé relève la tête, ses yeux brillent de surprise, puis un petit sourire apparaît. Au loin, les amies d’Amélie chuchotent, l’une lève les yeux au ciel. Amélie se sent rougir, pourtant une paix étrange descend en elle. Elle pense à Matthieu qui a dû laisser les regards lourds pour suivre Jésus, et murmure intérieurement, « Je crois que tu es content, Jésus ».
Une soirée dans la chambre
Le soir, la maison est plus calme. Dans sa chambre, Amélie est assise à son bureau, entourée de crayons, de dessins accrochés au mur et d’un poster de son groupe préféré. Son cahier de maths est ouvert, mais elle fixe la marge blanche, un stylo immobile dans la main. Les images de la cour reviennent, le banc, le sourire timide de Zoé, les regards des autres. Elle soupire, ne sait pas si elle doit être fière ou inquiète de ce que les filles diront demain au collège.

On frappe doucement à la porte. Son père passe la tête, puis entre et s’assoit sur le bord du lit. Il remarque son air sérieux et lui demande ce qui la tracasse. Amélie raconte tout, la récréation, les moqueries, sa marche jusqu’au banc. Papa l’écoute sans l’interrompre, puis prend la petite Bible posée sur l’étagère. Il l’ouvre à la page marquée par un signet coloré et lit une phrase courte sur l’appel de Matthieu. Il lui dit que Jésus continue d’appeler chacun par l’Évangile, dans les choix de chaque jour. Amélie regarde le livre, étonnée de sentir que ces mots parlent vraiment de sa journée.
La messe de dimanche
Dimanche suivant, l’église de la petite ville est presque pleine. Les vitraux colorés laissent entrer une lumière douce qui se pose sur les bancs. Amélie est assise entre ses parents, Hugo joue avec son chapelet en plastique. Elle observe les gens qui arrivent, les manteaux qu’on enlève, les bonjours échangés. Quand la liturgie de la Parole commence, le prêtre s’avance vers l’ambon et ouvre le grand livre posé dessus, le silence descend peu à peu dans l’assemblée.

Le prêtre lit l’évangile de l’appel de Matthieu, pour sa fête, et Amélie écoute avec une attention nouvelle. Elle connaît maintenant cette scène, elle y met des visages, des bruits, presque des odeurs. Quand le prêtre invite chacun à se demander comment Jésus l’appelle aujourd’hui, Amélie ferme les yeux un instant. Elle pense à Zoé, à ses dessins, à sa famille, et chuchote dans son cœur une simple prière, « Jésus, je veux me lever quand tu m’appelles, même pour de petites choses ». En sortant de l’église, elle serre la main de Hugo et sourit, prête à guetter d’autres appels dans sa semaine.









